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vendredi, 25 octobre 2019 00:00

Emmanuel Hirsch: «L’éthique est d’abord une résistance à l’indifférence»

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Professeur d’éthique, Emmanuel Hirsch témoigne de ses expériences auprès des malades, de leurs familles et des équipes médicales. Il en tire un livre émouvant qui rappelle que l’éthique est avant tout une attention à l’autre et ne peut se réduire à un discours technocratique ou technique.

Emmanuel Hirsch est professeur d’éthique médicale à la faculté de médecine de l’université Paris-Sud et directeur de l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France. Il vient de publier La lutte, la révolte et l’espérance: Témoigner jusqu’au bout de la vie (Éditions du Cerf, 2019).

FIGAROVOX.- Pourquoi avoir voulu partager ces expériences - parfois très intimes, souvent bouleversantes - que vous avez vécues? Qu’avez-vous cherché à exprimer?

Emmanuel HIRSCH.- Depuis les premiers temps de mon engagement en éthique, je bénéficie du privilège de rencontres rares. J’ai choisi un parcours philosophique de terrain à l’hôpital, au cœur des soins, impliqué, exposé parfois. J’ai compris que l’essentiel s’imposait dans une relation à la fois proche et intime, dans les circonstances où les vulnérabilités humaines nous dépouillent de tout autre recours que le témoignage d’une présence vraie, attentionnée. Que ce soit dans les années 80 avec les fondateurs en France des soins palliatifs, les militants du sida, les parents d’enfants autistes, les personnes en situation de handicap ou atteintes de la maladie de Charcot, j’ai appris et compris l’éthique comme l’expression d’une résistance à l’indifférence, au déni, aux discriminations et aux différentes formes d’arbitraires.

C’est en décidant d’un parcours aux marges, rétif aux codes établis que j’ai saisi le sens de ces combats de vie qu’assument des personnes malades.

Cette approche politique, en humanité et en sensibilité, peut dérouter les penseurs académiques d’une éthique qu’ils théorisent. C’est pourtant en décidant d’un parcours aux marges, rétif aux codes établis que j’ai saisi le sens de ces combats de vie qu’assument des personnes malades avec leurs proches et les professionnels ou les associatifs auprès d’eux. Ils incarnent une idée exigeante de la dignité.

Depuis 1995 mes responsabilités professionnelles puis universitaires m’ont permis de participer à des évolutions de l’éthique appliquée dans le champ de la santé. On évoque les droits de la personne malade dont l’expertise propre est reconnue dans le cadre de l’alliance thérapeutique. Cette conquête doit être étayée par une intelligence du soin, une pensée dont je constate qu’elle s’impose d’autant plus dans les pratiques professionnelles, que certaines décisions politiques et institutionnelles fragilisent aujourd’hui les conditions mêmes d’un exercice éthique.

Vient désormais pour moi l’heure des premiers bilans, et tout naturellement ils me ramènent à ce qui m’est le plus important, ce qui a été le plus déterminant dans mon cheminement en éthique. Ces rencontres et ces dialogues parfois aux limites de l’humain, lorsque l’existence devient précaire, incertaine, vacillante et que peut se confier l’essentiel. Je suis en quelque sorte comptable de ce qui m’a été transmis et que j’ai commencé à restituer dans ce livre, au moment où tant parmi nous redoutent «la mort de l’hôpital». Cela n’exonère pas chacun d’entre nous d’une responsabilité personnelle de proximité auprès de celui qui souffre: c’est le devoir de sollicitude.

  Source: www.lefigaro.fr

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