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vendredi, 31 août 2018 00:00

Avis de recherche

Écrit par 

Le livre du prophète Osée est sans doute l’un des plus difficiles à accepter tant il est choquant. Le prophète, homme de Dieu par excellence, doit épouser une prostituée, lui faire des enfants, accepter ses amants, divorcer pour revenir à elle…

Les lecteurs littéralistes passent au-delà de leur dégout et de leur gêne pour accepter le fait. La pilule est amère : Osée épouse une prostituée avec laquelle il a trois enfants dont les noms sont choquants, eux-aussi ! Le premier porte le nom d’un lieu de massacre, le deuxième - une fille - se nomme « non- aimée », le troisième « pas mon peuple ». Quel fardeau d’être ainsi identifié !

Des lecteurs, moins fondamentalistes, voient dans cette histoire scabreuse un mime prophétique. Autrement dit, Osée mimerait une situation en prenant des personnages à qui il attribue des noms et des rôles, comme au théâtre. Cette pratique est assez courante chez les prophètes qui veulent mettre en scène un fait ou une attitude afin d’illustrer leurs propos.

Quelle que soit la lecture adoptée pour interpréter ces pages bibliques, les leçons sont à recevoir en pleine figure, et elles sont rudes.

Fallait Osée

Osée dénonce avec force l’hypocrisie et l’infidélité du peuple de Dieu à l’égard de son Dieu. Et parce que son discours n’est ni original ni nouveau, il craint certainement qu’il ne soit pas vraiment entendu, et encore moins écouté. En effet, les prophètes ont souvent dit la même chose, critiquant les croyants d’être versatiles et même oublieux du Dieu qui les aime. Leurs rappels sont récurrents et finissent pas devenir des rengaines auxquels plus personne ne fait attention.

Du coup, Osée décide de frapper ses auditeurs en les heurtant de plein fouet. Pour se faire, il n’hésite pas à se mettre en scène et à s’attribuer un rôle que personne ne souhaite endosser : celui de l’homme amoureux trompé - et trompé sans cesse - par une épouse légère.

Avec un courage et une détermination qui peuvent jouer contre lui et le ridiculiser, le discréditer, l’atteindre dans sa dignité d’homme et dans sa responsabilité de porte-parole de la Parole, il entre dans un scénario pour adultes et se compromet complètement.

C’est que le message à délivrer est plus important que la fierté personnelle, et l’honneur de Dieu plus précieux que celui de ses serviteurs.

Alors, Osée se fait scandaleux.

Peut-être que dans un premier temps, les auditeurs se sont montrés interrogateurs, étonnés, croyant à une plaisanterie ou à un écart de langage, mais le choc s’est précisé, accentué jusqu’à devenir intolérable.

Le but d’Osée est d’en arriver à cette situation : il faut bousculer assez pour obliger à ce que chacun ouvre les yeux, puis les oreilles et enfin sa conscience.

Il serait intéressant de réfléchir à la souffrance d’Osée contraint d’aller jusque dans pareilles actions puisque les mots ne sont plus suffisants.

Quel courage pour affronter les indifférences, mais aussi les quolibets, les insultes et les menaces par lesquels, très certainement, ses gestes ont été accueillis !

Qui osera ?

Les Osée, dans la Bible, sont rares. Mais ils le sont dans toute l’histoire de la transmission du message de Dieu.

Qui se permettrait, aujourd’hui, dans une église (même pas tiède, versatile, laxiste et ouverte à tout vent de doctrine) d’avoir une parole précise, sévère, autoritaire et pourtant fondée sur la fidélité au message de Dieu ?

À l’heure où chacun choisit son église en fonction de ses conforts personnels, de ses convictions élastiques, de ses goûts musicaux et de sa géolocalisation, Osée n’a plus droit de cité.

Quand l’autocensure des prédicateurs de l’Évangile est le réflexe le plus naturel tant le religieusement correct devient étroit, les prophètes ne sont plus attendus, et encore moins entendus.

L’autorité de Dieu doit aujourd’hui trouver sa place dans l’espace que chacun délimite en fonction de ses tolérances, de ses permissivités et de son indulgence envers lui-même : un espace de plus en plus réduit.

Chacun est devenu maitre de sa conscience, et donc de sa conduite.

Quel étrange paradoxe : tout le monde se plait à regarder, ausculter, surveiller l’autre, au mépris de la vie privée, mais personne n’accepte plus d’être regardé.

Tout le monde juge et condamne, et personne ne tolère d’être jugé, et encore moins critiqué.

Le moindre écart, la faute la plus bénigne, l’erreur la plus banale, le doute le plus insignifiant… est monté en épingle, médiatisé, dévoilé dans l’espace publique à la vitesse grand V, mais nous refusons en même temps la moindre parole qui nous serait adressée et qui ressemblerait à une once de morale.

Et pourtant, nous aurions tant besoin d’un nouvel Osée !

Eric Denimal

Dernière modification le lundi, 03 septembre 2018 07:10